Les femmes au sommet: pourquoi ce n’est pas encore une réalité dans l’agriculture
Bien qu’elle semble peu à peu se réduire, il reste encore beaucoup de travail pour combler l’écart entre les genres dans l’agriculture. Les causes sont multiples, les solutions aussi.
Ce n'est pas un hasard si les Nations Unies ont proclamé 2026 « Année internationale des femmes rurales ». La reconnaissance et l'égalité de statut des femmes travaillant dans le secteur de la production alimentaire est en effet un problème mondial. Oui, même en Belgique. Penchons-nous un instant sur les chiffres.
À l'échelle mondiale, les femmes représentent environ 40 % de la main-d'œuvre agricole. En Europe, ce chiffre dépasse les 30 %. Mais ce n'est pas parce qu'un nombre relativement important de femmes est actif dans le secteur que le nombre de femmes chefs d'entreprise y est pour autant bien représenté. Les chiffres européens montrent qu'en 2020, à peine 15 % des exploitations agricoles belges étaient aux mains d'une femme. Ce chiffre est aujourd'hui légèrement plus élevé : nous sommes passés à 21 % en Flandre et à 16 % en Wallonie. Malgré tout, l'écart entre les genres reste considérable. Nos voisins du nord s'en sortent d'ailleurs encore moins bien, avec seulement 6 %, alors que la moyenne européenne est de 32 %. Des pays comme la Lettonie, la Lituanie et la Pologne s'en tirent en revanche nettement mieux.
Cette différence en matière de propriété découle d'un large éventail de causes et de conséquences :
Statut social
En Belgique, de nombreuses femmes relèvent encore du statut de conjoint aidant. Ce statut a été créé pour offrir une certaine protection sociale et des droits à la pension aux personnes (souvent des femmes) qui travaillent sur l'exploitation sans être salariées ni chefs d'entreprise. Le système est préférable à l'absence totale de statut officiel, mais présente également de nombreux inconvénients. Lorsque cette génération partira à la retraite, le statut de conjoint aidant disparaîtra, les jeunes optant de plus en plus souvent pour un statut de chef d'entreprise ou d'aidant indépendant.
Age
Tout comme chez les chefs d'exploitation masculins, on observe un vieillissement marqué chez les femmes qui dirigent une exploitation agricole. Attirer davantage de jeunes (femmes) chefs d'exploitation dans l'agriculture est donc plus crucial que jamais pour assurer l'avenir du secteur. Et il y a une bonne nouvelle : leur nombre est bel et bien en hausse, mais pas suffisamment pour faire baisser effectivement l'âge moyen dans l'agriculture. En 2024, par exemple, la moitié des demandes d'aides VLIF émanant de jeunes agriculteurs provenait d'une femme. Alors qu'en général, 1 exploitation agricole sur 5 en Flandre est dirigée par une femme, cette proportion est de près d'1 sur 4 chez la jeune génération d'agricultrices.
Formation
Parmi les femmes actives aujourd'hui dans l'agriculture, seule une petite partie a suivi une formation agricole approfondie. Cela peut amener les femmes à se sentir moins sûres d'elles au moment de prendre des décisions de gestion. Bien que les filles choisissent de plus en plus souvent une filière agricole dans l'enseignement secondaire ou supérieur, cela ne signifie pas pour autant qu'elles reprennent effectivement l'exploitation familiale. Les femmes sont souvent encouragées à d'abord travailler à l'extérieur, pour éventuellement revenir à la ferme plus tard, que ce soit ou non lorsqu'elles ont des enfants et que cela n'est plus compatible avec leur carrière.
Répartition des tâches
Des recherches montrent également que les femmes effectuent plus souvent des tâches manuelles sur l'exploitation agricole et se sentent moins à l'aise dans la conduite d'engins. Ici aussi, l'éducation joue un rôle : les garçons sont plus souvent emmenés sur le tracteur dès leur plus jeune âge que les filles. Dans la répartition des tâches, on constate ainsi fréquemment que les femmes sur une exploitation agricole s'occupent des jeunes animaux, gèrent une activité en circuit court, s'occupent de l'administration, organisent le ménage, et bien plus encore. Il s'agit parfois de choix délibérés liés à leurs intérêts et à leur expertise, mais les attentes sociales y sont certainement pour beaucoup.
Réseau social
Les femmes sont encore nettement sous-représentées dans les organisations, conseils d'administration, groupes de travail et autres réunions où les agriculteurs se concertent. C'est regrettable, car ces structures de concertation favorisent la formation continue et le réseautage. Or, développer un solide filet de soutien social est précisément l'une des choses dans lesquelles les femmes excellent souvent. Des organisations d'aide comme Agricall constatent par exemple que les femmes détectent plus rapidement les signaux de difficultés et franchissent aussi plus vite le pas vers une demande d'aide.
Alors : comment faire en sorte que l'écart entre les genres se comble plus rapidement ? Donner un coup de pouce à l'entrepreneuriat féminin dans l'agriculture demande un effort de tous les acteurs concernés. Quelques conseils :
- Faire découvrir le secteur de la même manière aux fils et aux filles, et aborder les possibilités de reprise indépendamment du sexe.
- Partager des exemples inspirants d'entrepreneuriat féminin dans les médias, lors de salons, de conférences et bien plus encore.
- Être attentif aux pratiques (souvent inconsciemment) discriminatoires et les signaler.
- Se faire informer sur les conséquences de certains choix en matière de droits sociaux, de constitution de patrimoine, de développement de l'entreprise, de fonctionnement de la famille…
- Faciliter les rencontres entre femmes (et hommes) au sein et en dehors du secteur.
- Briser les schémas de rôles traditionnels lorsqu'ils ne correspondent pas à vos intérêts ou au fonctionnement de l'exploitation.
- Oser choisir sa passion et saisir pleinement les opportunités qui se présentent, indépendamment du sexe.
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Sources:
www.landbouwcijfers.vlaanderen.be
www.VILT.be
Landbouwrapport 2024
www.FAO.BE
Etat de l’Agriculture Wallonne
Etude: How does gender shape the adoption of sustainable agricultural practices? Evidence from Belgium